Pour son exposition à l’Écart, fernando belote (FERN) présente une installation indisciplinée, basée en céramique et en lettrage, qui défie les normes coloniales du corps et de la représentation. Au centre de l’espace, une sculpture de bouche carnavalesque — ouverte, affûtée, presque incantatoire — agit comme un symbole de transformation. Elle renvoie à un vocabulaire tranchant, un ensemble de signes qui queerise et décolonise l’imaginaire lusophone, fragmentant la syntaxe portugaise en démarches de résistance queer. Cette bouche devient l’emblème visuel d’un geste linguistique: honorer le Bajubá.
Sociolecte en constante transformation, le Bajubá est initialement diffusé par Jovanna Baby dès 1992, puis nommé en collaboration avec Georginha de Mamãe et Joinha da Rocinha. Issu des langues sacrées et multiculturelles parlées dans les terreiros de Candomblé et d’autres formes de quilombamento, ce langage encode la dissidence par une rupture anti-coloniale de la syntaxe. Il constitue un mode de communication afro-trans désormais adopté par l’ensemble des communautés LGBTQIAPN+ brésiliennes: un héritage qui exige réparation, reconnaissance et un respect profond de ses origines.
Pour FERN, le Bajubá fait partie d’une mémoire intime du Brésil: une langue apprise dans la rue comme stratégie pour affronter la violence domestique, façonnée au cœur même des communautés périphériques où iel a grandi. […]
(texte de fernando belote)